Tu as cartographié tes process. Tu sais où sont tes leviers. On passe à la création.
Un skill IA, c'est un fichier markdown. Pas un serveur, pas un workflow, pas du code. Un dossier dans ton coffre, un fichier SKILL.md à l'intérieur, et tu tapes /[nom] dans OpenCode (ou Claude Code) pour le déclencher.
C'est ça qu'on construit dans cette leçon.
Dans la première promo du bootcamp, on séparait "fiche process" (le document méthode) et "skill" (la commande exécutable). C'était une erreur : impossible à maintenir, et le contenu divergeait dès la deuxième itération. À partir de maintenant, ton skill EST ta fiche process. Le SKILL.md contient à la fois la méthode (le quoi/comment) et l'exécution (les instructions pour l'IA). Une seule source de vérité, modifiée à un seul endroit.
Le pipeline complet
Skill ou automatisation : 3 questions
Avant d'écrire quoi que ce soit, décide quel type d'outil ce process mérite.
Un skill est une commande que tu lances. L'IA exécute avec toi (ou pour toi). Tu tapes /newsletter et ça part.
Une automatisation tourne sans toi. Un déclencheur, des règles, zéro intervention. n8n, Make ou Zapier.
3 questions pour trancher :
- Le déclencheur est manuel ou automatique ?
- Une intervention humaine est nécessaire ?
- Si oui : validation simple (oui/non) ou jugement complexe ?
| Situation | Outil | Exemple |
|---|---|---|
| Déclencheur manuel + supervision (goût humain à chaque étape) | Skill | /youtube : angle, hook, structure, titre validés un par un |
| Déclencheur manuel + validation simple | Skill | /sync-compta : tu valides le résumé avant le push Google Sheets |
| Déclencheur auto + validation simple | Automatisation + validation | Workflow n8n qui crée un brouillon de réponse pour chaque email Gmail reçu, tu cliques "envoyer" |
| Déclencheur auto + zéro intervention | Automatisation pure | Workflow n8n qui donne accès aux produits aux clients dès qu'ils achètent |
Cette leçon couvre les skills. Les automatisations n8n arrivent en semaine 3.
Architecture skills : où vivent tes skills
Un skill, c'est un dossier avec un fichier SKILL.md dedans :
Second Cerveau/
└── 4 TOOLS/
└── skills/
├── newsletter/
│ └── SKILL.md
├── youtube/
│ └── SKILL.md
└── preparecoaching/
└── SKILL.md
OpenCode (ou Claude Code) trouve tes skills via le fichier opencode.json à la racine de ton workspace :
{
"$schema": "https://opencode.ai/config.json",
"skills": {
"paths": ["./Second Cerveau/4 TOOLS/skills"]
}
}
Le champ paths liste les dossiers que l'IA scanne pour découvrir tes skills. Tu peux en ajouter d'autres plus tard : un coffre équipe, un projet client. Tous les SKILL.md trouvés deviennent des commandes /nom disponibles.
Pourquoi dans 4 TOOLS/skills/ et pas ailleurs ? Tes skills sont synchronisés via Obsidian Sync (comme le reste du coffre), versionnés avec ton historique, et accessibles depuis ton mobile et ton serveur. Un skill créé sur ton ordi est dispo partout en quelques secondes.
Anatomie d'un SKILL.md
Le format est strict. Un frontmatter obligatoire, puis le contenu du skill.
---
name: nom-du-skill
description: Une phrase qui décrit QUAND déclencher ce skill. Spécifique, pas générique.
---
# Nom lisible du skill
[1 phrase : ce que fait le skill et quand l'utiliser]
## Input
[Ce que l'agent reçoit ou doit demander : arguments, fichiers, contexte]
## Output
[Ce que l'agent produit]
## Processus
### Étape 1 : [Nom court]
**Méthode :** [Comment faire bien. Critères, principes. Le coeur du skill.]
**Outils :** [Ce qu'utilise l'IA pour cette étape]
**Piège :** [Ce qu'il faut éviter]
[Instructions précises pour l'IA]
### Étape 2 : ...
## Exemples
### Bons exemples
1. **[Titre]** : [Exemple verbatim, copié exact]
> Pourquoi c'est bon : [...]
### Mauvais exemples
1. **[Titre]** : [Exemple verbatim]
> Pourquoi c'est raté : [...]
## Règles
- [Règle explicite 1]
- [Règle 2]
## Ce que tu ne fais PAS
- [Anti-pattern 1]
- [Anti-pattern 2]
Quelques règles non négociables :
- Le
name: minuscules, tirets, pas d'espaces. Regex stricte :^[a-z0-9]+(-[a-z0-9]+)*$. Exemples valides :newsletter,prepare-coaching,sync-compta. Invalides :Newsletter,prepare_coaching,-coaching. - Le
description: c'est ce que l'IA lit pour décider quand utiliser ton skill. Sois spécifique. Mauvais : "Aide pour la newsletter". Bon : "Rédige la newsletter hebdomadaire Perspectives : news perso + deep dive long-form style Tomas Pueyo, avec scoping interactif du sujet." - Pas de champ
allowed-toolsdans le frontmatter, c'est ignoré.
La méthode : 60 à 70 % de ton skill
C'est la section la plus importante. Celle qui fait la différence entre un skill qui produit du générique et un skill qui produit du sur-mesure.
L'IA sait suivre des étapes. Ce qu'elle ne peut pas deviner :
- Ton style
- Tes critères de qualité
- Ce que tu considères comme "bien fait"
- Ce que tu évites absolument
- Les nuances entre un travail moyen et un travail excellent
Tout ça vit dans la méthode, étalée sur chaque étape du processus et dans la section "Règles".
Le changement de paradigme
Avant l'IA, pour déléguer un travail de qualité, tu embauchais quelqu'un de qualifié (cher) ou tu formais quelqu'un pendant des mois (long). Dans les deux cas, la connaissance restait implicite dans la tête de la personne.
Avec l'IA, le paradigme change. Tu prends un coach ou un expert une fois. Tu captures la méthode dans ton skill. L'IA exécute à l'infini.
Cher. Connaissance implicite.
Long. Des mois d'apprentissage.
Coach, livre, formation.
L'IA exécute à l'infini.
Ce qu'une bonne méthode contient
- La structure exacte de ce que tu produis (plan, format, organisation)
- Les règles de style : ce que tu fais toujours, ce que tu ne fais jamais
- Les critères de qualité : comment tu sais que c'est "bien fait"
- Le formatage : longueurs, tons, niveaux de détail
- Les pièges à éviter : les erreurs classiques que tu as appris à contourner
- Des exemples verbatim : bons et mauvais, copiés exactement, avec une analyse
C'est ça qu'on met dans le SKILL.md, étalé sur les sections "Processus" (méthode par étape), "Exemples", "Règles" et "Ce que tu ne fais PAS".
Si tu n'as pas encore de méthode
Si tu fais ce process "à l'instinct" sans méthode claire : prends un livre de référence, une formation, ou une session avec un expert. Une bonne méthode publique (AIDA, GTD, pyramide de Freytag, SPIN Selling) condense des années d'expertise. Tu l'embarques dans ton skill, tu l'enrichis avec tes propres règles, et tu as un skill solide en une après-midi.
Voir le complément Trouver les meilleures méthodes pour les sources concrètes.
Créer ton skill : /create-skill
Le chemin recommandé, c'est la commande /create-skill déjà installée dans ton coffre.
Tu la lances dans OpenCode (ou Claude Code) :
/create-skill
Elle te guide étape par étape :
- Scope : nom du process, déclencheur, input, output, temps actuel, douleur principale
- Étapes détaillées : pour chaque étape, l'agent te demande quoi tu fais, comment tu fais bien, quels outils, quel piège
- Exemples concrets : 1 à 3 bons exemples + 1 à 2 mauvais, avec le pourquoi
- Références externes (optionnel) : si tu cites une méthode publique, l'agent peut faire la recherche Firecrawl et embarquer les points clés
- Génération : crée le fichier
Second Cerveau/4 TOOLS/skills/[nom]/SKILL.mdavec frontmatter valide - Test immédiat : l'agent te propose de lancer ton skill sur un cas réel
L'avantage : l'agent te pose les bonnes questions au bon moment. Tu ne passes pas 2h sur un template vide. Tu passes 30 minutes sur un dialogue qui produit un skill testé.
Les 4 types de skills
Tous les skills ne se ressemblent pas. Voici les 4 patterns qui couvrent 95 % des cas.
Interactif créatif : l'agent pose des questions, tu réponds, il avance. Validation à chaque étape. Pour les process où ton jugement est requis tout du long (création vidéo, post LinkedIn, brief client).
Semi-automatique : un dialogue court au début pour scoper, puis l'agent fait tout seul. Pour les process créatifs avec une phase de cadrage puis une phase d'exécution (newsletter, article).
Agrégateur automatique : zéro interaction. L'agent va chercher des données dans plusieurs sources, les croise, et produit une synthèse. Pour les process de croisement (préparation réunion, briefing, dashboard).
Traitement de données : parsing, catégorisation, transformation. Règles fixes appliquées à des données changeantes. Pour les process répétitifs avec règles claires (compta, import CSV, nettoyage de notes).
Astuces pour de meilleurs skills
Sois explicite sur le format
Mauvais : "Rédige un email"
Bon : "Rédige un email de 3 paragraphes max. Paragraphe 1 : contexte (2 phrases). Paragraphe 2 : proposition (3-4 phrases). Paragraphe 3 : next step avec une question."
Utilise des checkpoints
Pour les skills interactifs, force l'agent à s'arrêter et attendre ta validation :
**→ Attend la validation avant de continuer**
Ça évite que l'agent parte dans une direction que tu ne voulais pas.
"Ce que tu ne fais PAS" est critique
L'IA a tendance à généraliser, à ajouter du blabla, à écrire des listes de tips. La section négative est souvent plus importante que les instructions positives.
Donne des exemples concrets, verbatim
Copie tes vrais exemples dans le skill. Mot pour mot. Pas de reformulation. C'est ce qui encapsule ton goût et permet à l'IA d'apprendre ton style.
Itère 3-4 fois
Ton premier skill ne sera pas parfait. C'est normal. Chaque mauvais output te donne une nouvelle règle à ajouter. Mes skills sont passés par 5-6 itérations avant d'être fiables.
L'exercice pratique
Étape 1 : Choisir ton premier process
Reprends ta cartographie. Choisis un seul process à transformer en skill. Idéalement :
- Un process que tu fais souvent (Daily ou Weekly)
- Que tu connais bien (tu peux décrire ta méthode)
- Avec un output mesurable (tu sauras si le skill marche ou pas)
Les bons candidats pour un premier skill : traitement d'emails, prise de notes de lecture, briefing client, synthèse de réunion.
Étape 2 : Lancer /create-skill
Ouvre OpenCode (ou Claude Code) dans ton coffre. Tape :
/create-skill
Laisse-toi guider. Réponds aux questions sans te censurer. Si tu hésites sur une méthode, dis-le : l'agent te proposera de chercher des références externes ou d'itérer plus tard.
Étape 3 : Tester immédiatement
À la fin de /create-skill, l'agent te propose de tester. Accepte. Lance le skill sur un cas réel. Observe :
- Est-ce que l'agent comprend le contexte ?
- Est-ce que le résultat correspond à ta méthode ?
- Qu'est-ce qui manque ?
Étape 4 : Itérer
Note chaque mauvais output. Ajoute une règle. Reteste. Après 3-4 itérations, ton skill devient fiable.
Output attendu
À la fin de cette leçon, tu dois avoir :
- 1 skill fonctionnel dans
Second Cerveau/4 TOOLS/skills/[nom]/SKILL.md - Le skill testé au moins une fois sur un cas réel
- Une liste d'améliorations identifiées pour la prochaine itération
C'est tout. Un seul skill qui marche vaut mieux que dix fiches process qui prennent la poussière.
Exemples concrets
Pour voir des skills réels et fonctionnels, avec leur méthode embarquée :
- Newsletter : scoping interactif + deep dive
- Vidéo YouTube : 8 étapes de co-création
- Préparation coaching : briefing multi-sources
- Sync compta : traitement de données
Checklist
- J'ai choisi un process de ma cartographie à transformer en skill
- J'ai lancé /create-skill et complété le dialogue
- Le fichier SKILL.md existe dans Second Cerveau/4 TOOLS/skills/[nom]/
- Le frontmatter contient un name valide et une description spécifique
- Le skill a été testé au moins une fois sur un cas réel
- J'ai identifié les améliorations à faire pour la prochaine itération